mardi 27 septembre 2011

Un bien bel endroit : les vallées Calchaquies...




Nous voilà donc partis vers le sud de Salta : 5 ème étape : les vallées calchaquies! les premiers kilomètres vers le sud sont épiques : sortir de Salta où on ne connait pas trop les panneaux de signalisation est tout un poème surtout pour le copilote qui s'était habitué à se déplacer en bus ou sur l'altiplano. Quelques engueulades plus loin, quelques errements dans des villages perdus et empoussiérés de la vallée de la Llerma en plus et nous voici dans la Quebrada del Escoipe.


Vous nous croirez si vous le voulez mais pour nous, c'est très vert et humide (par rapport à l'altiplano) ! La "ruta 33" argentine a des faux airs de "road 66" américaine, non ?


La vallée est très belle et permet de prendre des tonnes de photos et donc de multiplier les arrêts au grand bonheur d'Eric....


...et la traversée du parc national des cardones n'arrangent rien : c'est le retour par milliers des cactus géants !

...Pour arranger le tout, on lit dans un guide que les zones de cactus sont des endroits de fouilles privilégiés pour les archéologues. En effet, les autochtones qui mangeaient les fruits de ces cactus, rejetaient les graines dans leurs selles. En gros - résumé par nous - chaque cactus se trouve sur un caca fossilisé d'Amérindien. Bon ok, ce n'est pas tout à fait vrai mais ça a le mérite d'être retenu !




et non, Monchéri n'est pas allé planter des cactus ! il n'en a jamais mangé !

On continue le chemin et on grimpe la route en ripio (route de sable et de cailloux) de la Cuesta del Obispo et l'environnement devient minéral et désertique...le rouge et le vert rappelle la présence de cuivre,





Notons l'extrême débit du rio et les sillons le long des pentes qui sont les témoins du passage des chèvres...


Même à 2500 m d'altitude on n'oublie pas de prier, normal quand on sait que le nom de cette côte vient d'un évêque (pour les germanistes : "obispo" veut dire "évêque" en espagnol ....) qui aurait rejoint les 2 vallées du Calchaqui et del Escoipe à pied.


...Difficile de trouver des des âmes humaines mais on y voit des condors (si, si, regardez en haut à droite sur la photo avec Eric en dessous)....






Et non, ce ne sont pas les mêmes photos : au fond on voit de plus en plus nettement les hauts sommets des Andes. C'est normal, on atteint le col de la Piedra del Molino :


...ce sera notre halte pour le repas de midi, toujours bien protégé...



...dans un endroit ouvert à la méditation...


De l'autre côté du col, se déploie une route merveilleuse digne des plus grands road movie : une ligne d'asphalte déserte, égayée de jaune et de blanc (quel choix de couleur, bravo les Argentins !) traverse la puna désertique, sous le ciel bleu éclatant. Ca à l'air nunuche dit comme ça mais oui, "on se sent tout petit devant la beauté de la nature !"


On a d'ailleurs trouvé un jeu sympa (pas celui qui consiste à trouver les marques de voiture - auré et simon, vous confirmez, on est nuls et en plus il n'y a pas de voiture sur la route 33) : le 1er qui trouve un lama/ vigogne / guanaco, gagne une surprise !


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Résultat ?

Voici la gagnante :

...et le perdant qui tient à confirmer qu'il a bien perdu en se rapprochant des animaux identifiés comme "lamas". Petite victoire, certes (il y a des lamas partout sur l'altiplano) mais victoire quand même quand on connaît la myopie d'Anne-Laure...


Pour une fois que je gagne !!!!

Du coup, grâce à mon impunité de grande gagnante, chercheuse de lama, j'ai le droit de m'arrêter un peu plus souvent pour admirer mon autre passion du moment : les cactus !



Ils sont partout, c'est juste incroyable ! Il y en a même déguisés en lapin (si, si !). Ils grandissent d'1 cm par an, certains font plus de 4m : on vous laisse résoudre ce problème mathématique !


Autre curiosité du jour : une route de haute montagne, toute droite sur plus de 14 km : la célèbre Recta Tintin. Comme je ne suis pas quelqu'un qui exagère (non, vraiment pas) je ne tente pas le coup de la refaire à l'envers. Mais encore une fois : c'est impressionnant ! La route suit le tracé d'un ancien chemin inca.

Du coup, toutes les nouvelles lignes droites de plus de 5 km seront baptisées par nos soins "recta Tin Tin" et en Argentine il y en a !



La recta Tin tin sous tous les angles....


Retournons à nos cactus : il y en a partout !!!!!!!!!




....et pas la peine d'y chercher une interprétation freudienne : il n'y en a aucune. Le cactus c'est cool, un point c'est tout !




Même Eric est obligé d'y trouver un intérêt (mais en même temps, il a été 2ème au grand concours de recherche de lamas, il n'a donc guère le choix).



Mon trophée de grande gagnante-chercheuse de lama....


La route est jalonnée de points de vue à chaque changement d'ambiance : celui-ci, le dernier, nous permet d'admirer pour la première fois, la vallée du rio Calchaqui et les montagnes du Nevado de Cachi, avec ses sommets enneigés....


Au pied de la maison en adobe abandonnée, on trouve un apacheta, un amoncellement de pierre typique des croyances andines. On y place une pierre à chaque passage pour s'attirer la protection de la Pachamama. Au mois d'août, on y trouve aussi des restes d'offrandes puisque la fête de la divinité vient d'avoir lieu.


Au pied des points de vue, et sans intervention divine, on trouve également des preuves de l'existence de la réincarnation....


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Mme Fischer is back !

Des cactus, des montagnes, des routes et de la puna....





....des cuestas (pour les hypokhâgnes et les cours de géo physique)


...un village, Payogasta, perdu à plus de 3 h de route (sans arrêt, 157 km) du dernier lieu habité.

Si il y a peu d'habitants, l'endroit est envahi par .....des perroquets ! On n'y pas cru au début mais oui : ce sont bien des centaines de perroquets qui trainent leurs plumes dans le coin, qui piaillent comme jamais et paraissent aussi étonnés que nous de nous rencontrer dans ces endroits reculés...



Ce sont des "lorro barranquero" ou "conures de Patagonie", de grandes perruches aux reflets bleutés(mais ça on ne le savait pas encore et on a vraiment cru à une hallucination (on est en hauteur, dans les montagnes sèches et froides la nuit....mais que font-elles là ?). On se rendra compte dans les futures étapes que des perroquets, en Argentine....il y en a partout !



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Pour les fans d'oiseaux, voici un blog très intéressant :
http://www.oiseaux-argentine.com/tag/cotorra



Derniers kilomètres sur les cailloux et la poussière et nous voici à Cachi ! On dégote un très joli petit hôtel - Hostal de las Tinajas - dans lequel on pourrait élire domicile si nous n'étions pas de grands consuméristes du tourisme (ah ! Jean-Claude Voye, tu nous auras bien marqué !)


Eric y trouve un havre de paix, sans rochers, Recta Tintin et surtout cactus !


Le temps de recharger les batteries de tout et de tout le monde, nous repartons sillonner les alentours du joli village colonial de Cachi. Son nom viendrait du quechua : "le sel". Le village est paisible, blanc, calme, beau, pur....la place ombragée, entourée par les monuments administratifs et les magasins...



...le bois de "cardon" est la base de la construction des maisons, du confessionnal ou des panneaux de signalisation....




...la ville est dotée d'une piste d'atterrissage internationale en connexion directe avec la Sicile (non, ça c'est une blague)...


...avec en guise de décor les sommets de plus de 6000 m d'altitude. Le plus haut se nomme "El libertador general San Martin" et mesure plus de 6380 m de haut. A quand une montagne alpine baptisée "Napoléon, l'empereur des Français"?

En face de la piste, se trouve, le cimetière qui permet d'observer les alentours....

Les ruelles de la ville invitent à venir s'y reposer : c'est vraiment un endroit où on aimerait revenir pour pouvoir y séjourner plus longuement !





Le crépuscule entoure encore de plus de mystère et de féerie ce bel endroit...



...les remises sont les petits taxis argentins.


D'autres vues de Cachi...





On n'oublie pas de jouer à loterie, sous la bénédiction de Jésus...






...qui n'est pas bien loin d'ailleurs, dans la jolie église San José, oratoire privé de la famille Aramburu, au XVIIIème.



Vous l'aurez compris : c'est à contre coeur que l'on quitte Cachi ! (et en plus, on y trouve de l'excellent fromage de brebis !!!!).


Le lendemain, en route pour 156 km de "ripio", de secousses continuelles dans le sable, la chaleur et la sécheresse : mieux que le "powerplate" pour se raffermir les fesses ! En combien de temps ? environ...7h (avec arrêt, on le concède !). Direction Cafayate.

La route suit donc le rio Calchaqui et on se retrouve sur la mythique "Ruta 40", celle qui parcourt l'Argentine à la verticale, qui rejoint La Quiaca au nord à Rio Gallegos au sud : soit plus de ....5 200 km !


Mythique et guère goudronnée (en tout cas sur cette partie...) ! (40 % des routes argentines le sont). On a un petit pincement au coeur quand on se dit qu'un an auparavant nous avions croisé cette route à El Calafate, dans le froid et la neige.


Les panoramas sont toujours à couper le souffle, et très différents à chaque détour.
Premier village croisé : Seclantas, le seul village de la vallée sur la rive gauche du rio. Ne nous demandez pas pourquoi, on ne le sait pas....


...encore une fois, on s'attend à voir surgir Zorro à chaque coin de rue.


Retour sur la route, elle nous avait beaucoup manqué, surtout à Eric qui ne quitte plus sa voiture...On se rapproche de Molinos (au fond).




Ce n'est pas un retour à la civilisation mais presque : le village est reculé, joli et vivant.

Fondé vers 1660, de la réunion des différentes maisons des paysans en finca (une estancia, une ferme), Molinos doit son nom aux nombreux moulins tout proches. Jusqu'au début du XXème siècle c'était une importante halte pour les caravanes de commerce vers le Chili et le Pérou.

L'église en adobe du XVIIIème siècle est décorée avec le bois traditionnel...de...de...de "cardon", en effet !



On y retrouve les influences andines dans la décoration et la figure des anges. Le chemin de croix est encadré par du "cardon" et tissé en laine de lama...


les statues sont sanguinolentes à souhait, les vierges brunes....




...l'autel doré comme il faut...


...on retrouve le syncrétisme entre traditions indiennes et religion catholique.


Dans l'église repose le dernier gouverneur colonial de Salta, Isasmendi, dont la maison se trouve en face et a été transformée en hôtel-restaurant.



Ce "sympathique" personnage, surveille toujours la place du village.



On reprend la route qui devient plus verdoyante à mesure que l'on quitte les hautes montagnes et que le rio s'élargit...


....permettant la culture de la vigne, du cumin et de l'anis...


Ah, non, en fait, elle redevient aride !


Aux alentours d'Angastaco, 1000 habitants, on entre dans un paysage de far west


Le village est entouré de poussière blanche qui pénètre partout...


...le journal et le courrier arrivent à 14h, avec la seule navette du jour en provenance de Cafayate : merci "Flecha Bus"!!!...


...qui elle aussi a traversé les canyons de roches blanches aux formes bizarres et inquiétantes...



Même le rio a du mal à lutter contre tant de sécheresse : ses rives sont sablonneuses et on se demande comment il arrive encore à couler !


Maintenant on ne cherche plus de lamas mais plutôt des lions et des éléphants !


Mais bientôt ....alors que la soif nous tenaille, que le soleil nous tape sur les neurones, que la poussière nous pique les yeux, que les stations essences nous informent qu'il n'y a plus une goutte d'essence depuis longtemps dans les environs...

...un mirage au loin apparaît...


....ou est-ce la réalité ? Un bout de goudron, du vrai, du pur, du noir bitume ! La route redevient une route : nous voilà arrivé à destination !


Cafayate et ses vignobles nous voilà ! adieu, ripio, montagnes sèches et villages coloniaux ! Attendez-vous à nous revoir bientôt dans vos ruelles si paisibles et poétiques !